Rafael Nadal est-il imbattable sur terre battue ? En difficulté pendant huit mois après Wimbledon, l'Espagnol est revenu en haut de l'affiche en ajoutant deux nouveaux Masters Series à son palmarès à Indian Wells et à Monte-Carlo. Que peut-il lui arriver ?
. EXPLOSIF MAIS FRAGILE
Un prodige doit apprendre à souffrir pour grandir. Il y a quatre ans déjà, Rafael Nadal était victime d'une fracture au pied qui l'avait poussé à déclarer forfait pour Roland-Garros. Depuis, la perle du tennis espagnol a dû composer chaque saison avec les blessures.
Fin 2005, son pied est encore douloureux. Il termine la saison sur une jambe et entame une longue convalescence. On évoque même la possibilité d'une retraite anticipée. La frayeur passée, il revient et remporte Roland-Garros. Après Wimbledon 2006, plusieurs blessures, toujours au pied, mais aussi aux cuisses, le pénalisent et ternissent sa saison. Il revient et gagne deux tournois (MS Indian Wells et MS Monte-Carlo).
Rafael a la particularité d'accepter la douleur plus facilement que bon nombre de joueurs du circuit. Son abnégation confirme par ailleurs que la moindre défaillance physique annihile l'efficacité de son tennis réactif et explosif.
. LE SERVICE
Ce point est délicat à défendre. Le service est certainement ce que Rafael a le plus travaillé depuis l'année dernière. Conscient de ses limites dans l'exercice, notamment sur surface rapide, il a travaillé en puissance mais aussi en variation. Dans l'échange comme au service, Nadal s'était toujours appuyé sur une régularité sans faille. Cette tactique ayant trouvé ses limites, il a décidé de prendre le taureau par les cornes et de se mettre au travail.
C'est ainsi qu'il a su servir sans donner trop de rythme à la balle face à Federer en finale à Monte-Carlo : "Il aime quand les balles vont vite, tout le monde le sait." En revanche, Nadal a admis avoir très mal servi lors du second set de sa demi-finale. Les joueurs capables de prendre la balle tôt en avançant : Federer, Berdych, Murray, Djokovic peuvent le mettre alors en danger.
. DES ADVERSAIRES PLUS NOMBREUX
A cette liste d'adversaires prestigieux, on peut d'ailleurs ajouter quelques noms. Contrairement à Roger Federer, qui ne connaît que très peu de joueurs capables de le contrarier (Nadal, Safin, le Nalbandian de la belle époque, Cañas sans complexe, Gasquet en état de grâce), Rafael est plus exposé.
La saison sur terre battue ne fait que commencer. A Monaco, le Majorquin a été épargné par un tableau généreux. Murray forfait, Safin déconfit, Nalbandian absent, Davydenko médiocre, Baghdatis et Robredo loin de leur meilleur niveau, il a magnifiquement abordé deux rencontres capitales : Berdych et Federer, ce dernier étant assez loin de ses références 2006. On attend donc que la route de Nadal se complique un peu plus pour évaluer sa domination en 2007. Un petit Cañas-Nadal à Rome ?
. ROGER FEDERER
Roger Federer n'a pas réussi sa finale sur le Rocher. Mais le Suisse n'a pas l'habitude d'endosser les habits de Sisyphe. On peut imaginer que l'obstination du Majorquin à refuser ceux du favori avant les prochains tournois se justifie au regard du danger que représente son ami Federer. Et de reprendre la rengaine : "Il a dix Grand Chelem et moi deux, il est N.1 mondial, donc il reste le favori", malgré des statistiques affolantes face à celui qui surplombe le circuit.
A 20 ans, "Rafa" ne veut pas assumer un tel statut. Si la position d'outsider lui réussit, elle est de plus en plus intenable à chaque victoire. Une défaite remettrait tout dans l'ordre...
. LA LOI DES SERIES
67 victoires de rang sur terre battue. Seul Guillermo Vilas avait fait aussi bien au début des années 80. Plus le chiffre gonfle, plus les chances de le voir tomber augmente. Ce n'est certes qu'une argutie de calculette. Le Majorquin ne voit pas le reste de la saison sous cet angle-là : "Je me sens mieux que l'an passé à la même époque. J'étais beaucoup plus nerveux. Le fait d'avoir gagné à Indian Wells m'a soulagé par rapport aux points à défendre. Et maintenant je suis deuxième à la Race ? Ça, c'est bon ", conclut-il.
La déclaration : "Je vais perdre, ce n'est qu'une question de temps. Cela sera bientôt" a déclaré Rafael Nadal à Barcelone.
Son programme provisoire : Barcelone, MS Rome, MS Hambourg.
Privés de choc Roger Federer-Rafael Nadal en 2007, les deux joueurs espérent se revoir à Monte-Carlo. Mais attention, entre eux, la bataille reste en surface. Raison de plus pour regarder d'un air amusé la future "bataille des surfaces" à Majorque. Suivez plus sérieusement leur fronde contre l'ATP.
Roger Federer statufié sur gazon, Rafael Nadal figure de cire glorieuse de la terre battue, l'image est facile et trompeuse, mais elle fascine les Béotiens du tennis. On comprend l'intérêt marketing de l'opération "Bataille des surfaces" organisé par le gouvernement des Baléares., soit un match joué le 2 mai à Palma de Majorque (Iles Baléares) sur un court de tennis dont une moitié sera en terre battue et l'autre en gazon.
Il faut simplement rappeler que les N.1 et le N.2 mondiaux ne se réduisent pas à des spécialistes sur leur surface de prédilection.
Depuis trois ans, les deux joueurs sont au sommet du tennis mondial sans connaître d'autres rivaux réguliers. Federer possède un jeu dont la polyvalence est louée par tous. Et l'ironie de son parcours veut qu'il a été formé sur terre battue en Suisse mais n'a pas encore réussi à s'imposer sur de nombreux tournois majeurs de la surface excepté le Masters Series de Hambourg (trois titres en 2002, 2004 et 2005). Roger compte 80 victoires sur terre battue en 36 tournois, hors Coupe Davis).
Deux joueurs polyvalents
Nadal a la panoplie parfaite du joueur de terre battue. Invaincu depuis avril 2005, soit 62 matches consécutifs, il avait cependant prouvé dès son entrée chez les "pros" qu'il était capable de s'adapter aux contraintes des autres surfaces. Il n'y a guère qu'à Flushing Meadows que l'Espagnol n'a pas trouvé le rythme.
A Monte-Carlo, ils vont tenter de se retrouver pour la dixième fois et disputer une septième finale. Ils se sont affrontés quatre fois sur terre battue (4/0 Nadal), quatre fois sur dur (2/2) et une fois sur gazon (1/0 Federer) pour un total de six victoires pour Nadal.
C'est ainsi que les trois dernières confrontations ont eu lieu sur trois surfaces différentes. Sur terre battue, Federer a échoué trois fois en finale en trois tournois l'année passée (Monte-Carlo, Rome et Roland-Garros). Sur gazon, Nadal a répliqué en bousculant le Suisse à Wimbledon. Le reste de la saison, sur dur en extérieur ou en "indoor", les deux joueurs sont dans le même tempo. A Federer l'Open d'Australie, à Nadal Indian Wells en 2007.
L'éclosion des Djokovic et Murray n'a pas encore remis en question ce duel idéal, entre la glace helvète et le feu hispanique, quel que soit le continent ou... la surface. On attend donc d'autres rencontres les plus hallucinantes les unes que les autres : dans le désert à Dubaï, sur le Viaduc de Millau, sur la banquise, etc...
Adversaires idéals et partenaires face aux instutions
Une chose est sûre, les deux meilleurs joueurs de la planète tennis veulent rejouer à Monte-Carlo et plus précisément au Masters Series de Monte-Carlo. Confrontés au projet de refonte du calendrier que l'ATP souhaite mettre en place en 2009, Federer et Nadal parlent d'une seule voix :
"Nous ne sommes pas d'accord avec la vitesse à laquelle les choses avancent. Nous voulons parler plus souvent et plus sérieusement que dans le passé (avec les dirigeants)", a déclaré le N.1 mondial, lors d'une intervention commune avec son grand rival espagnol, en marge du tournoi de Monte Carlo.
La publication du calendrier 2009 est attendue dans les prochaines semaines. "Nous avons envoyé une lettre (au président de l'ATP), mais apparemment ça n'a pas eu beaucoup d'effet. Nous demandons que ce processus soit arrêté", a déclaré Nadal.
Par ailleurs, l'ATP n'est pas la seule instance visée par les deux leaders du circuit, qui sont également en rogne contre la Fédération internationale de tennis à propos des dates de la Coupe Davis.
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